LES RAMA PEUPLE OUBLIE AUX CONFINS DU MONDE

 

Dans la baie de Bluefields sur la petite île de Rama Cay vit la communauté des Rama, peuple natif du Nicaragua, peut être le plus ancien du pays. Apparentés aux tribus de langue Chibcha qu'on trouve également en Amazonie colombienne et équatorienne, ceux qu'on appelle les Ramas auraient migré vers le nord il y a de cela des millénaires. Des recherches archéologiques datent leur prèsence en Amérique Centrale à plus de 10.000 ans.

Ceux qui ne vivent pas sur l'île de Rama Cay vivent dans les forêts tropicales au sud-est du Nicaragua, cultivant des plantes natives et pêchant dans les rivières et la mer des Caraïbes.

Mais le territoire ancestral des ramas s'étendait entre le Rio Escondido au nord, le Rio San Juan au sud et sans doute jusqu'au lac Cocibolca à l'ouest.

L'histoire moderne du peuple Rama se résume à une lutte pour la survie aussi bien physique que culturelle, ainsi il dut s'adapter à la colonisation espagnole, échapper à la piraterie anglaise, se retrouver après la domination esclavagiste imposé par les Miskitos et supporter toutes les épidémies et catastrophes naturelles habituelles sous ces latitudes.

Plus récemment la guerre civile au Nicaragua, la colonisation de leur territoire par les entreprises touristiques ou étatiques qui prévoient la construction d'un port, d'un oléoduc et d'une voie ferrée menacent leur éco-système.

Malgré tout et bien qu'en 1920 on ne comptait plus que 200 ramas, ce peuple a su se reprendre, si on recensait 1570 individus en 2007, ils sont plus de 2000 aujourd'hui et ce chiffre croît de jour en jour vu les nombreuses naissances sur l'île.

Je suis parti de Bluefields pour l'île Rama Cay en pirogue à moteur, il m'a fallu attendre une semaine la possibilité d'embarquer bien que chaque jour j'allai sur le port à la recherche d'un bateau qui voulut bien m'amener sur cette île de 18 hectares. Mon attente fut enfin recompensée quand un pêcheur Rama, transportant une femme à Bluefields voulut bien me prendre à son bord pour le retour.

Le peuple rama est pacifique et amical, bien que la pancarte qui me reçoit sur le quai d'arrivée sème, tout d'abord, le doute dans mon esprit, car il est écrit sur le mur qui jouxte le port d'arrivée : ¿QUIÉN ES USTED? (Qui êtes vous?). Méfiance ou simple curiosité? Je penche pour la seconde explication, évidemment

La communauté de l'île dispose d'une école primaire et secondaire, d'une maison communale, un terrain de sport, plus de cent maisons et une eglise morave. L'église est le produit du prosélytisme du missionnaire Jens Paul Juerguensen émule de cette communauté chrétienne allemande qui apparut en même temps que l'Eglise luthérienne au 15ème siècle.

Grâce aux discours édifiants de ce dernier, débarqué en 1858, les Ramas abandonnèrent la polygamie ainsi que leur propre langue pour adopter les us et coutumes européens ainsi que l'anglais créole parlé par les afro-caribéens de Bluefields. A noter que ces derniers, arrivés dans la zone entre le 18ème et le 19ème siècle, esclaves libérés ou en fuite, se sont vite adaptés à l'environnement et ont été aceptés par les Ramas.

Cependant, aujourd'hui on trouve peu de ramas qui parlent leur langue d'origine, mais Colette Grinevald, lingüiste française, travaille depuis les années 80 à sa récuperation (dictionnaire, grammaire), par ailleurs la langue est enseignée a Bluefields trois fois par semaine. Les instituteurs de Rama Cay et de Bang Kukuk (La Pointe de l'Aigle) enseignent aussi le rama aux enfants de leur communauté. Mais en général les rama parlent le rama-créole aux accents plus chantants que le créole du Caraïbe Nicaraguayen, teinté d'expressions héritées des pirates britanniques et des missionnaires moraves.

Roger Calero Nickens, le pêcheur qui m'a pris à son bord, m'a invité chez lui, une maison sur pilotis, il y vit avec sa femme et ses deux enfants, garçon et fille, je laisse mon sac à dos et vais sur la place du village où de nombreux ramas m'attendent. Je leur raconte mes voyages et les étonne avec les decriptions d'un monde qu'ils ne connaissent qu'à travers la télévison.

A la tombée de la nuit le groupe électrogène se met en marche, pendant 2 heures il éclairera la maison de Rogel, les enfants de huit et dix ans en profitent pour faire leurs devoirs, je les aide comme je peux. Parfois le groupe électrogène fonctionne durant 4 heures, cela dépend des réserves de dièsel, c'est un des professeurs d'école qui s'occupe de son fonctionement quotidien.

Le lendemain matin, levé à l'aube, je pars avec Roger pêcher au filet sur la lagune qui communique avec la mer, et c'est soudain la découverte d'une esthétique nouvelle qui m'est offerte, avec une grâce héritée d'un savoir centenaire, mon anfitrion lance le filet d'un geste ample se servant de ses dents pour ralentir l'envolée du filet et lui permettre de s'étendre dans l'espace et recréer à chaque fois, un volume imaginaire qui plongera dans l'eau comme une chose consciente de sa mission, à plusieurs reprises son habilité rendra naturels et faciles les mouvements répétés d'une plasticité hypnotique, ainsi passeront les heures et on attrapera des gambas réputées dans la région que Roger ira vendre à Bluefields.

Rama Cay est une île surpeuplée et commmence à soufrir des problèmes d'hygiène. Au cours des dernières années, il y a eu plusieurs initiatives des leaders ramas pour former de nouvelles communautés sur la côte, mais la population est réticente car très attachée à l'île.

D'ailleurs si la plupart des autres communautés côtières possèdent une école, quelques maisons et des terres cultivables, elles sont dénuées de tout autre type de service.

Les ramas et les afro-caribéens luttent aussi pour leurs droits sur les terres ancestrales ramas. Au Nicaragua, la loi 445, adoptée en 2003, leur confère officiliement des droits de propriété et donne lieu en 2005 au lacement d'un processus de démarcation et l'émission des titres sur les mêmes.Mais cette loi imposée par les Nations Unies au gouvernement de l'époque trouve très peu de soutien au sein des gouvernements successsifs et de la majorité de la population mestiza (métisse), ou « spanyards » comme les appelent les ramas. Les métis viennent abattre la fôret et font paître leur bétail jusque sur les parcelles cultivées des communautés ramas et créoles côtières. Le conflit s'installe, parfois violemment, et les ramas ne se sentent plus en sécurité pour aller travailler seuls ou à deux comme autrefois car ils risquent de rencontrer des mestizos qui eux travaillent en groupe nombreux. C'est une des raisons du refus des ramas de quitter l'île.

La destruction des ressources naturelles est bien avancée, on trouve des chasseurs à la mitraillette et des pêcheurs qui utilisent des produits chimiques, la forêt est abattue et les rivières séchées ne retiennent plus les sédiments, la faune en général, et en particulier singes, oiseaux et jaguars est décimée, détruisant par là même l'un des mythes particuliers à la religion ancestrale des Ramas qui pensaient comme beaucoup d'ethnies d'Amérique Centrale que le jaguar est un animal doté de pouvoirs totémiques, on dit que les anciens pouvaient marcher et parler avec eux et que certains sorciers se transformaient eux-mêmes en jaguars, prenant l'apparence et le pouvoir de ces derniers.

Le gouvernement veut costruire un port en eau profonde a Monkey Point et un oléoduc entre l'Atlantique et le Pacifique qui passerait sur le térritoire rama-créole, arguant que personne ne vit dans cette zone alors qu'il a une communauté de 500 habitants sur les lieux ainsi qu'un cimetière rama.

Jimmy, leader de Punta del Aguila dit à qui veut l'entendre « Ils ne nous respectent pas comme nation ».

Que dire de plus sinon que leur accueil chalereux infirmera l'inscription sur le mur d'arrivée.

 

 

 

 

Reportage :                    Herman Campos. Nicaragua, Rama Cay, Fevrier 2009

Recherche de texte :     Julie Zarka.

Ecriture definitive   :      Pedro Campos Cuevas.