Kaasi « la ville de la lumière »

 

C'est ainsi qu'on appelait autrefois Bénarés car ses habitants sont, depuis toujours, les adorateurs de Surya, le dieu Soleil. Au lever du jour c'est à lui qu'ils vouent un culte tout autant qu'à la déesse Ganga qui est matérialisée par la rivière qui coule aux pieds de la ville et dont le bain purifie de tous le pêchés.

Mais puisque tout dans l'Inde est contradiction,Varanasi (nom indien de Bénarés) ne l'est pas moins, car si c'est la ville de la lumière et de la Vie, c'est aussi la ville de la Mort, la ville où la mort est parfaitement acceptée, et plus encore: recherchée.

 

En tant que ville sacrée, tout hindou doit la visiter une fois dans sa vie et si possible y mourir, car si l'on y meurt et que nos cendres sont dispersées sur le Gange on atteint la libération du cycle des reincarnations. C'est pourquoi, les ghats (grandes marches de pierre qui conduisent à la rivière) sont peuplées d'enfants qui jouent, de buffles qui attendent leur bain et de vieux qui viennent attendre la mort en paix.

Il est vrai qu'à Varanasi (autre nom donné à la ville qui se trouve géographiquement entre les fleuves Vara et Nasi) il semble facile de mourir. Peut être parce que tout au long de la journée et de la nuit, les cadavres, enveloppés de soie brillante, sont amenés sur des civières sans autre cérémonie et qu'ils sont brûlés sur les « burning ghats » par les intouchables comme si d'une carcasse inutile dont il faut vite se débarrasser il s'agissait. Au milieu d'une foule indifferente de curieux, on prend conscience de la banalité de la mort, de son inexistence réelle.

A force de voir les os carbonisés ou volés par des chiens errants, d'être témoin des marchandages de la famille avec les vendeurs de bois (les prix variant suivant les essences) et de constater avec qu'elle insouciance les intouchables s'occupent des corps a demi carbonisés, la Mort apparaît comme une corvée obligatoire mais pas dramatique. Bien qu'il soit facile de voir des familles débordant de tristesse et des femmes pleurer. Veuves qui n'ont pas le droit de s'approcher du bûcher, pour, dit-on, les empêcher de s'y immoler. Légende où retournement d'une tradition qui au contraire les obligeait à partir avec leur défunt mari?

 

Mais Bénarés est, comme on l'a déjà dit, plus que la ville des morts. S'il est vrai que les ghats reprèsentent la partie la plus sacrée de la ville, là où la vie et la mort coexistent, le lieu de recueillement spirituel fréquenté par toutes sortes d'ermites et de « fous de dieu », c'est aussi le lieu où l'on trouve le moyen de survivre, tels ces enfants qui vendent des offrandes que l'on fera flotter sur le Gange ou ces mendiants qui se disputent les bonnes places sur les marches ou ces batteleurs qui harcélent les touristes avec l'inépuisable tenacité indienne qui leur fera répeter cent fois « boat,boat » et cela quand bien même on aura refusé cent fois leur service, par ailleurs très bon marché (1 euro par personne et par heure de promenade sur la rivière). L'indien a cette particularité, tout au moins dans les rapports avec les étrangers, qu'il ne tient absolument pas compte du vouloir de ces derniers, il ne voit qu'une source de devises en lui, et pour avoir accés a ces devises tout est bon, le mensonge comme la manipulacion, la seduction ou la tromperie, tel ce piège qui consiste a vous tendre la main comme pour vous saluer et qui se poursuivra par un massage du bras puis de tout le corps, qu'il faudra évidemment payer, les prix variant suivant le client et son degré d'innocence. Il en est d'autres et de meilleurs, et tous les voyageurs y succombent un jour ou un autre, c'est le jeu et on en riera après s'être senti floué. Mais, on est en Inde, pays de la diversité, de la vie immédiate et éxubérante, c'est pouquoi on rencontrera  aussi les sadhus, ces espèces d'ermites qui ont, parait-il, renoncé au monde et qui passent leur temps à fumer du haschich dans les mythiques shiloms en pierre, leur renoncement ne les empêchant pas de demander le billet pour chaque photo prise. Et puis il y a les plus beaux dans leur nudité integrale, les naga babas qui s'enduisent le corps des cendres des morts, peut être dans une tentative d'accaparer le pouvoir de ces derniers, et exhibent leur nudité sans aucune pudeur, tels des fantômes vivants revenus de l'au-delà.          

 

Mais Bénarés c'est pas seulement les ghats, c'est aussi une cité faite de ruelles pleines de petits commerces ancestraux, d'ateliers cachés où l'on produit les écharpes de soie et qui tournent toute la journée, de magasins de vêtements et de cafés restaurants pour touristes, d'academies de musique où toute une faune interlope aprend comment devenir le roi du sithar ou la star du tabla.

Academies qui la nuit tombée offrent des concerts aux touristes mélomanes amoureux de la musique et de la danse traditionnelles. C'est la vielle ville, un labirynthe aux allures moyenâgeuses où les vaches ont la priorité, un espace qui vous ramène dans le lieu de l'esprit où le temps s'est arrêté.

 

Il y a aussi le Bénarés moderne, car plus on s'éloigne du monde sacré des ghats plus la réalité économique moderne semble prendre le dessus. Ce modernisme où se côtoient magasins de vêtements modernes et vieilles échoppes ancestrales est immergé dans le courant d'un autre fleuve plus chaotique et plus coloré que le Gange: la circulation urbaine qui est aussi le lieu où la vie s'écoule sans arrêt, un inconcevable bouillonnement de piétons, d'animaux et de ricks-shaws à pédales qui se mêlent aux motocyclettes, voitures et autres engins rustiques à moteur dans un fracas étourdissant qui semble  produire, cependant, un chaos harmonieux.

 

 

 

Reportage :                Herman Campos. Inde, Bénarés,( Varanasi ), Mars 2008.

Ecrit par    :                Pedro Campos Cuevas.

 

 

 

 

 


Uniquement pour ce reportage les photos sont disponibles en 2592x1456.